Paul DELMET
Paul Julien DELMET dit Paul DELMET
chansonnier français
(Paris 9e, 17 juin 1862* – Paris, 24 octobre 1904)
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Fidèles à notre programme d'éclectisme, nous consacrons le présent numéro au bon chansonnier Paul Delmet, qui vient d'être enlevé à l'affection de ses amis, après une longue et douloureuse maladie. Avec Paul Delmet disparaît l'un de ceux qui contribuèrent le plus à l'illustration de Montmartre, du Montmartre de Rodolphe Salis et du Chat Noir. La plupart de ses oeuvres obtinrent la faveur du public et certaines comme le Vieux Mendiant, les Petits Pavés, les Stances à Manon, Berceuse d'Amour, le Petit Navire, l'Etoile d'Amour, firent le tour du monde, chantées par les plus jolies lèvres. Pourtant Paul Delmet, qui enrichit plusieurs éditeurs, est mort pauvre. Il avait cette belle insouciance de ceux qui, de bonne heure, bénéficièrent d'une fortune imprévue, et jamais il ne put résister aux sollicitations de camarades dans le besoin ; aussi ne comptait-il que des amis. Ainsi que le racontait, au lendemain de la mort du compositeur, notre distingué confrère Furetières « l'émotion éprouvée, non pas seulement à Montmartre, mais un peu partout dans Paris, à la nouvelle de la mort de Paul Delmet, ce délicat défenseur de la romance, est un symptôme qui prouve bien que toute poésie, tout sentiment de charme et de grâce n'est pas éteint en nous. Né un peu comme la fleur sur le bitume, ce compositeur, malgré l’engouement pour l'ironie ou le macabre, comme Loïsa Puget, Nadaud, comme Paul Henrion, ne cessa, entre Mac-Nab et Bruant, de cultiver la jolie note sentimentale bien pure, où l'on chante l'amour frais et jeune, le printemps, les fleurs, en un mot tout ce qui fait vibrer encore tant de cours. Et ce fut précisément au fameux Chat Noir de Salis qu'il débuta aussi. On pouvait, au milieu de toutes les drôleries de l'endroit, craindre un insuccès ; mais il n'en fut rien. Elle était alors si tendre, la voix du musicien qui interprétait son oeuvre, les phrases étaient si exquises ! On eut comme la sensation d'une brise douce et caressante après la tempête, apportant les arômes de la terre natale. Ce fut un triomphe. Et à l'envi les poètes demandèrent à Paul Delmet de donner les ailes de la musique à leurs poésies. Catulle Mendès, A. Silvestre, Goudeau, Botrel, Boukay, Vaucaire devinrent les collaborateurs de ce compositeur qui était aussi un merveilleux interprète. L'étonnant, c'est qu'il s'était formé lui-même. Contrairement à ce qu'on a conté, Massenet ne le connut point. D'une petite école de la rue Bellefond, où il bégaya son alphabet en compagnie de Courteline, il alla dans une maîtrise, à Saint-Vincent de Paul et à Saint-Eugène. Et c'est comme enfant de chœur, sous la direction d'Archaimbaud, de Pugno, qu'il développa ses aptitudes. On dit aussi que Gounod devina son talent et s'intéressa à ses progrès. Mais ses amis insistent pour qu'on sache bien que Paul Delmet doit, au demeurant, tout à lui-même et qu'il suivit librement sa voie un peu comme l'oiseau chanteur. Au fait, on l'écoutait dans ces régions de Montmartre tout comme une fauvette égarée. Mais la vérité, c'est qu'il aimait sa Butte et ses entours à la folie, qu'il en avait la nostalgie dès qu'il s'en éloignait. Il n'y comptait, au surplus, que des amis et des admirateurs. Ses refrains on les fredonnait dans tous les cabarets ; et depuis hier, à son café de l'avenue Trudaine, on exécute Étoile d'amour, les Petits pavés, les Stances à Manon, tout cet album illustré par Steinlen, Willette, Balluriau, dont les principales oeuvres avaient été réunies en un coquet volume, il y a quelques mois. Toutes ces romances vont être redites. » Et c'est à cause de cela que nous avons choisi dans l'oeuvre de Delmet ses meilleures oeuvres pour les offrir en un recueil aux lecteurs de « L'Album Musical ». M. Maurice Lefèvre, dans la préface des Chansons galantes, a fort bien situé et défini la portée des productions légères de Paul Delmet « Petites chansons, soit, – dit-il, – mais leur oeuvre est saine. Elles se faufilent partout ; de la mansarde à l'atelier, dans les salons ou dans la rue, elles portent la joie dans les coeurs. Leur cadence est familière, leur mélodie souriante et amie. Ecrites de verve, elles se glissent aisément dans l'oreille et y demeurent à jamais. C'est que cette gentille Muse, au nez retroussé, c'est la musette bien française qui traduit, pour ainsi dire, l'harmonie de nos âmes légères, si bien qu'en entendant ces refrains, il semble toujours qu'on se souvienne. » Et M. Maurice Boukay, à son tour, a célébré le don rare de Paul Delmet de réaliser « l'harmonie intime de la pensée poétique, de la mélodie enveloppante et du rythme évocateur, de la sensation vibrante et du sentiment psychologique, qui est la marque originale du talent, gracieux et simple de Paul Delmet », celui qu'Émile Goudeau a appelé si joliment le « musicien des jeunes amours. »
(Jean-Pascal, directeur, l’Album musical n°17, novembre 1904)
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le Panthéon de la Chanson (tome III)