Camille IXO

 

Camille Ixo dans Salomé (Salomé) en 1914 [photo Desgranges, Nice]

 

 

Camille Victoria CHABERT dite Camille IXO

 

soprano français

(v. 1883 – ap. 1949)

 

Epouse à Madrid, Espagne, le 30 août 1903 (divorce le 07 novembre 1904 [acte à Paris 9e le 23 décembre 1905*]) William Morton FULLERTON (Norwich, Connecticut, Etats-Unis, 18 septembre 1865 – Paris 9e, 26 août 1952*), journaliste américain.

 

 

En 1901, elle chantait à Alger. Elle débuta salle Favart le 07 juin 1914. Elle a chanté à l'Opéra de Madrid et à la Scala de Milan.

En 1904, elle habitait 6 rue Chambiges à Paris 8e ; en 1914, chez P. Clemenceau, 84 rue de Longchamps à Paris 16e ; en 1937, 9 rue Grimaldi à Monaco.

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y débuta le 07 juin 1914 en matinée dans Cavalleria rusticana (Santuzza).

 

 

 

 

Camille Ixo en 1909 [photo Varischi Artico, Milan]

 

 

 

Mme Camille Ixo, née à Sétif. Était institutrice à dix-sept ans, à Philippeville, puis à Alger et poursuivait malgré cela ses études de médecine et non moins sérieusement celles de piano.

A vingt ans, elle épousait un écrivain, M. Morton Fullerton, auteur d'un livre connu : « Terre Française ».

Le maestro Foa Mancinelli ayant remarqué sa voix, la fit travailler deux années et demie et la présenta en Italie, sur la scène de Modène, dans Mefistofele de Boito. Ce furent les débuts d'une série de voyages et de représentations dans les principales villes du monde.

Elle passa ensuite au Théâtre communal de Trieste, à l'Adriano, puis au Costanzo de Rome, à Milan, à Fiume (Hongrie), au Théâtre Royal de Madrid, à l'Impérial de Varsovie, à la Fenice de Venise, à l'Opéra de Nice où elle créa Salomé, au Casino municipal où elle interpréta l'œuvre inédite d'Alexandre Georges, Sangre y sol.

Vient de créer à l'Opéra de Nice, également saison 1912-1913, le Château de la grande Bretèche, d'Albert Dupuis.

Mme Camille Ixo a chanté dans une quantité d'autres villes tout le répertoire de soprano dramatique : ses créations principales à l'étranger sont : Salomé, de Strauss, Thaïs, Madame Butterfly (2e édition), qu'elle créa à Lucques, où est né Puccini.

(Henri Focké, Célébrités de l’art lyrique, 1914)

 

 

 

 

 

Camille Ixo en 1909

 

 

 

Camille Ixo, que le roi du Portugal préféra à sa femme, va fonder « l’Ecole des maris »

 

Les hommes ne connaissent pas le secret du mariage. Eh bien ! moi, je vais le leur apprendre !

La femme à l'œil vif, aux cheveux rose-blanc, à la voix gentiment tonnante qui s'agite ainsi dans son appartement mi-chinois, mi-marocain des Champs-Elysées, c'est Camille Ixo, qui connut la gloire exaltante (et éphémère) de l'Opéra-Comique et de la Scala de Milan, les applaudissements frénétiques du public, l'hommage de la critique d'Angleterre, d'Italie, du Portugal, d'Espagne, de France et de Navarre.

 

— Le roi de Portugal était charmant pour moi, raconte-t-elle.

Camille Ixo fit la connaissance de Don Carlos après la représentation de « Madame Butterfly ». Ce fut le triomphe : Puccini la serra sur son cœur et pleura de joie…

Et puis ce fut le tour de son directeur de pleurer, car la « belle Ixo », « la voix d'or », au beau milieu de son succès, plaqua tout et fila vers Lisbonne.

— Don Carlos se montra très bienveillant à mon égard, murmure Mme Ixo. Mais la reine, eh bien ! elle n'était pas très commode.

C’est que le roi prenait des leçons avec la chanteuse. D'abord tous les jeudis, puis tous les jours. Cela paraissait naturel au roi et à son professeur, mais non à la reine.

— Un jour, raconte Mme Ixo, le drame éclata.

Elle était tranquillement assise au piano dans le salon bleu du Palais Royal et jouait Madame Butterfly. Le roi, derrière elle, chantait en duo tendrement.

— Il ne chantait pas tout à fait juste.

» Soudain, la porte du salon s'ouvre brusquement et la reine entre en trombe. Elle s'arrête devant moi, hurlant comme un démon :

» — Vous empoisonnez ma vie familiale, vipère ! Sortez d'ici !

» — Votre majesté...

» — Sortez !

» Mais le roi, revenant de sa première surprise et voyant que je voulais prendre la fuite, rouge
de honte, s'écrie :

» — Je vous ordonne de rester !

» Je me rassois, mais la reine reprend :

» — Je vous ordonne de sortir.

» Je me lève.

» — Restez ! ordonne le roi.

» Ce petit dialogue dura quelques minutes encore, puis la reine, une grande femme plantureuse :

» — Tu choisiras. Carlos, entre moi et cette poule !

» Je faillis m'évanouir, mais le roi s'approcha de la reine et d'une voix sourde :

» — Demande immédiatement pardon à Mademoiselle Ixo !

» — Quoi ? Tu oses me demander une chose pareille ! mugit la reine. Puis, se tournant vers moi :

» — Sortez, infâme !

» A ce moment, le roi lui administra une gifle magistrale. Quelle scène, mon Dieu ! Elle sortit du salon en courant, claquant la porte du salon de toute sa force. »

Quelques jours plus tard, une luxueuse voiture s'arrêta devant l'hôtel particulier de la chanteuse. Elle suivit, sans arrière-pensée, les deux officiers de la garde, croyant que le roi voulait la voir. Mais lorsque la voiture traversa la frontière espagnole et que les officiers lui signifièrent son expulsion du Portugal, la « belle Ixo » comprit qu'on ne badine pas avec une reine...

 

Amour, fascisme et morgue...

 

La mort dans l'âme, elle retourna donc en Italie où l’his­toire de la reine servit fort sa popularité.

Mais Camille se méfiait des rois.

— Princes, ducs, rois se succédaient dans ma loge, Moi, je donnais la préférence aux journalistes.

— Merci pour eux !

C'est ainsi que je fis la connaissance, en 1914, à Milan, d'un garçon maigre plein de morgue, assez mal habillé, éditorialiste d'un grand journal italien.

Ce confrère au menton volontaire, aux épaules carrées, menait une campagne violente en faveur de la France. Il connaissait Camille Ixo et la voyant souvent, lui faisait une cour assidue.

— Ecoutez, Bénito, lui dit-elle, vous êtes gentil, intelligent, vous aimez mon pays. Mais moi, je ne vous aime pas…

— C'est bon, répondit-il froidement. Merci de votre franchise.

L'homme se leva, fit un petit salut très sec et sortit : c'était un certain Benito Mussolini qui fit
parler de lui depuis lors...

— Il était laid, soupire Mme Ixo.

 

Il n'y a pas de justice

 

Expulsée par les fascistes (la vengeance est un plat qui se mange froid), Camille Ixo rentra à Paris, à l'Opéra-Comique.

— De nombreuses intrigues de coulisses me chassèrent du théâtre.

Elle devint donc la « Lionne du Mouffetard ».

— C'était assez marrant..., raconte-t-elle souriante.

On sait que, surtout entre les deux guerres, les bas-fonds de Paris intriguaient fort les touristes, qui se précipitaient dans les quartiers « louches ».

Mme Ixo fut engagée par une agence qui ouvrit, près des Catacombes, un pseudo-cabaret-asile de nuit où de soi-disant clochards, repris de justice, filles publiques jouaient aux cartes, vidant de nombreuses bouteilles et se disputant âprement.

En haillons, la face barbouillée, castagnettes en mains, Camille Ixo chantait d'une voix brisée des couplets en argot et injuriait, entre deux chansons, les étrangers stupéfaits. Auprès d'elle s'empressait un accordéoniste « aveugle » dont on fêtait, chaque nuit, les 90 ans...

— On savait s'amuser dans mon temps, soupire Mme Ixo.

Mais Mme Ixo n'était pas contente de son patron et lui intenta un procès retentissant. Me Valensi défendait La Lionne du Mouffetard et Me Maurice Garçon, l'agence. Les arguments du futur académicien triomphèrent et Mme Ixo perdit le procès.

— Il n'y a pas de justice ! tonne Mme Ixo, se levant de son fauteuil chinois. Puis elle sourit :

— On va bien voir. Je fonde une école à Paris, une école de mariage. Il n'y a pas de raison qu'elle n'existe pas en France comme aux Etats-Unis.

Mme Ixo a un sourire et puis :

— S'il y a une chose que je connais vraiment, conclut-elle, c'est l'amour. Un grand écrivain anglais me disait un jour à Londres : « Un homme ne peut pas vous rendre heureuse. Il vous en faut au moins cinq. » Il avait raison, ce cher homme. Je connais l'amour, allez, et j'en parlerai.

 

(Lucien Farago, Ici Paris, 12 décembre 1949)

 

 

 

 

 

Camille Ixo dans Thaïs (Thaïs) en 1909 [photo Varischi Artico, Milan]

 

 

 

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